Pennylane lève 175 millions d’euros pour consolider son modèle et s’étendre en Europe

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La fintech française spécialisée dans la gestion comptable et financière vient d'annoncer un tour de table de 175 millions d'euros mené par le fonds TCV, ce mardi 20 janvier. Cette opération, réalisée alors que l'entreprise approche de la rentabilité, vise à financer des investissements dans l'IA et à se déployer sur le marché allemand.

Dans un secteur où les logiciels comptables sont souvent critiqués pour leurs tarifs opaques et leurs rachats en cascade, Pennylane joue la carte de l’indépendance. La fintech française lève 175 millions d’euros, avec pour objectif de devenir le système d’exploitation financier de référence en Europe, tout en promettant de ne pas augmenter ses prix. Une stratégie ambitieuse, portée par l’IA et la préparation à la facture électronique obligatoire.

L’art de lever des fonds… sans en avoir besoin

Le tour de table de Pennylane, mené par les fonds américains TCV (déjà derrière Revolut et Xero) et Blackstone Growth, reste inhabituel car, selon l’entreprise, il n’est pas motivé par un manque de trésorerie. « Nous n’avions pas de besoin immédiat de liquidités », affirme Arthur Waller, cofondateur et CEO. L’enjeu serait ailleurs : sécuriser une indépendance à long terme et préparer le terrain pour une consolidation inévitable du marché européen.

La manœuvre est habile. En effet, les nouveaux investisseurs ont signé une charte engageant Pennylane à ne pas augmenter ses tarifs, à maintenir le contrôle des fondateurs sur la gouvernance, et à poursuivre la même stratégie produit. Une façon de rassurer les 6 000 cabinets comptables et 800 000 entreprises clientes, tout en évitant les écueils des rachats hostiles ou des virages stratégiques brutaux.

L’IA, l’Europe et la facture électronique : le trio gagnant ?

Avec ce nouveau capital, Pennylane mise sur trois leviers pour s’imposer. D’abord l’intelligence artificielle générative, avec le développement d’un copilote d’analyse destiné aux experts-comptables. Le but étant de leur permettre d’offrir un conseil plus pointu aux dirigeants de PME, dans un secteur où la data devient reine.

Le deuxième levier est le déploiement de ses solutions en Europe. Ainsi, la plateforme prépare une adaptation fine de son outil aux réglementations allemandes, première étape d’une expansion continentale. Un pari risqué, mais nécessaire pour échapper à la domination des acteurs historiques comme Sage ou Cegid.

Enfin, la facture électronique dont la généralisation est prévue pour 2026, constitue le troisième front d’action de l’entreprise. Déjà agréée comme Plateforme Agréée par l’administration fiscale, Pennylane compte bien en faire un argument clé pour séduire les retardataires.

Un modèle à contre-courant

Dans un écosystème où les logiciels SaaS multiplient les hausses de prix et les fonctionnalités payantes, Pennylane joue la carte de la stabilité. « Nous voulons rester l’outil de référence des experts-comptables et de leurs clients, sans céder aux logiques court-termistes », revendique Arthur Waller. Une promesse qui tranche avec les pratiques du secteur, où les rachats et les restructurations sont monnaie courante.

Reste à savoir si cette stratégie suffira-t-elle à résister à la pression des géants américains et européens, prêts à tout pour dominer le marché. 

Samorya Wilson