Dette, chocs, incertitude : le cocktail explosif qui plombe le budget 2027

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À cinq jours de la présentation du projet de loi de finances 2027, Roland Lescure, ministre de l’Économie et des Finances, a confirmé ce vendredi 11 septembre, un scénario macroéconomique fortement dégradé : croissance divisée par deux à 0,5 % en 2026, déficit supérieur à 5 % du PIB et charge de la dette devenue le premier poste de dépenses de l’État. Un tableau assumé au nom de la « transparence », mais accompagné d’un silence prudent sur le contenu du budget, qui sera dévoilé la semaine prochaine.

Croissance en chute libre, dette hors de contrôle, incertitude politique qui ne retombe pas : vendredi 11 septembre, Roland Lescure, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle, n'a pas cherché à enjoliver le tableau. En ouvrant la « séquence budgétaire » à cinq jours de la présentation du projet de loi de finances 2027, le ministre de l'économie a confirmé ce que tout le monde appréhendait : la croissance française ne fera pas mieux que 0,5 % cette année, deux fois moins que prévu, pendant que le déficit s'envole au-delà des 5 % du PIB et que la charge de la dette dépasse désormais le budget de l'Éducation nationale. Sur les chiffres, la transparence est totale. Mais, sur les mesures à venir, notamment le fameux « effort partagé », motus : tout est renvoyé à la semaine prochaine. Seule certitude assumée haut et fort : sa charge frontale contre la proposition de Jean-Luc Mélenchon d'annuler une partie de la dette via la BCE, jugée « illégale » et « dangereuse »

Une croissance divisée par deux en un an

Le chiffre est le plus commenté de la matinée : le gouvernement table désormais sur une croissance de 0,5 % pour 2026, contre 1 % initialement inscrit dans la loi de finances votée en février. Cette prévision, dans la moyenne de celles de l'Insee (0,4 %) et du consensus des économistes (0,6 %), acte une révision à la baisse pour la troisième fois en six mois. Pour 2027, l'exécutif mise sur un « rebond modéré » à 1 %, un niveau qui reste toutefois inférieur à la croissance potentielle de la France, estimée à 1,2 %.

Ce ralentissement s'explique, selon le ministre, par quatre chocs cumulés sur l'année : l'incertitude politique du début d'année, liée au cycle électoral et à l'adoption tardive du budget sous loi spéciale jusqu'à fin février ; la crise du détroit d'Ormuz, qui a fait grimper les prix de l'énergie depuis le printemps ; une succession inédite de quatre vagues de chaleur, avec un impact chiffré à 0,1 point de PIB, concentré sur l'agriculture ; et enfin une hausse rapide des taux d'intérêt, avec un taux des obligations d'État françaises à dix ans passé de 3,5 % à 4,4 % en un an, son plus haut niveau depuis 2006. L'inflation, elle, remonterait à 2,1 % en moyenne sur 2026, avec un pic autour de 3 % en fin d'année, avant un repli à 1,8 % en 2027.

Un déficit qui ne tiendra plus l'objectif affiché

Interrogé sur la trajectoire du déficit public, Roland Lescure a reconnu que l'hypothèse de 4,7 % de PIB inscrite dans le budget initial était caduque, et que même l'objectif de 5 % , sur lequel le budget avait ensuite été recalé, ne serait pas tenu. Le gouvernement dit vouloir s'en rapprocher « aussi près que possible » grâce à des mesures de gel et d'annulation de crédits annoncées le matin même par le ministre chargé des Comptes publics, David Amiel, pour un montant de 4 milliards d'euros d'économies supplémentaires, dont 1,3 milliard seulement documenté à ce stade.

Conséquence directe de cette dégradation et de la remontée des taux : la charge de la dette pour le seul État atteint désormais 65 milliards d'euros, dont 4,5 milliards imputables à la crise d'Ormuz. Le ministre a toutefois tenu à rassurer sur la capacité de la France à se financer sur les marchés, assurant que le pays a déjà réalisé près de 85 % de son programme d'émissions annuel et que « le papier français se vend bien », même si son coût a augmenté.

« L'effort partagé » reste à écrire

Si Roland Lescure a répété que la consolidation budgétaire n'était « pas négociable », il s'est montré beaucoup moins disert sur son contenu. Relancé à plusieurs reprises, notamment par Le Monde du chiffre, sur l'« effort partagé » qu'il évoque depuis plusieurs semaines, le ministre a esquivé, renvoyant les précisions aux « arbitrages » en cours de finalisation et à la présentation du budget prévue lundi, suivie le soir même d'une communication du Premier ministre en Conseil des ministres.

Interrogé sur d'éventuelles hausses d'impôts, il a réaffirmé la ligne du gouvernement : pas de hausse générale de la fiscalité, mais un possible réexamen de « niches fiscales » jugées inefficaces, sans dire lesquelles, alors que le ministre David Amiel avait évoqué le matin même des pistes visant certains dispositifs bénéficiant aux contribuables les plus fortunés.

Des dispositifs sanctuarisés dès à présent

Dans un registre plus précis, le ministre a toutefois listé plusieurs mesures que le gouvernement s'engage à ne pas toucher, reprenant les termes d'un courrier adressé par le Premier ministre aux chefs d'entreprise pour leur donner de la visibilité.

Seront ainsi préservés : 

  • le crédit d'impôt recherche (CIR);
  • le pacte Dutreil pour la transmission d'entreprises;
  • ainsi que les dispositifs de soutien à l'apprentissage.

Le gouvernement vise par ailleurs une baisse de la surtaxe sur l'impôt sur les sociétés. Objectif affiché : protéger les « moteurs de croissance » des entreprises dans un contexte déjà dégradé.

Une charge contre la proposition d'annulation de dette de Mélenchon

Interrogé sur la proposition de Jean-Luc Mélenchon de faire geler par la BCE près de 18 % de la dette française qu'elle détient, Roland Lescure n'a pas mâché ses mots. Il a jugé cette piste « illégale » et « dangereuse », rappelant qu'elle reviendrait à remettre en cause l'indépendance de la Banque centrale européenne et de la Banque de France, un principe inscrit dans le traité de Maastricht approuvé par référendum en 1992.

Selon le ministre, une telle mesure ferait courir un risque direct à l'euro et, de fait, à la participation de la France à la monnaie unique, avec des conséquences concrètes sur les taux d'intérêt, les crédits immobiliers et à la consommation des ménages, ainsi que sur la capacité d'investissement des entreprises.

L'adoption du budget avant la fin de l'année, un vœu plus qu'une certitude

Tout au long de son intervention, Roland Lescure a insisté sur l'urgence d'un vote du budget avant la fin de l'année, une condition qu'il a lui-même présentée comme la base de son scénario de croissance pour 2027. Interrogé directement sur ce point, il a reconnu que cette hypothèse pouvait « apparaître volontariste », l'histoire récente ayant démontré la fragilité de l'exercice : le pays a commencé l'année 2026 sous loi spéciale, faute d'accord parlementaire, ce qui a pesé sur la croissance des deux premiers mois.

Selon les services du Trésor, une nouvelle dissolution ou un nouvel échec budgétaire pourrait coûter jusqu'à 0,2 point de croissance, sur la base des précédents observés en 2024. Une incertitude d'autant plus sensible que 2027 sera elle-même une année électorale.

Quelques motifs de résilience mis en avant

Le ministre a conclu sa présentation sur une note plus positive, énumérant plusieurs atouts de l'économie française : son attractivité pour les investissements étrangers dans les secteurs de la transition écologique et du numérique, la contribution positive du commerce extérieur à la croissance cette année, portée notamment par les livraisons aéronautiques, ainsi que le dynamisme de l'emploi dans le secteur des technologies, où la France emploierait 450 000 salariés et resterait le premier pays d'Europe pour l'attractivité des emplois liés à l'intelligence artificielle.

Samorya Wilson