La CNCC et le CNOEC ont présenté le 7 juillet à Paris, les Palmarès de la durabilité 2026. Au menu de cette 5ᵉ édition des Challenges Durabilité-RSE et de la 26ᵉ édition des Trophées de la Durabilité : une table ronde consacrée à « l'intégration de la RSE à la stratégie et aux fonctions de l'entreprise », qui a dessiné, avec EDF, Generali, la CNCC et le CNOEC, les contours d'une durabilité qui cherche de nouveaux relais alors que le cadre européen se réduit.
C'est dans un contexte d’abaissement du périmètre de la CSRD passant le seuil d'assujettissement de 250 que la CNCC (Compagnie nationale des commissaires aux comptes) et le CNOEC (Conseil national de l'ordre des experts-comptables), ont choisi de maintenir, voire de réaffirmer, le rôle de tiers de confiance des commissaires aux comptes et des experts-comptables. Ainsi le Palmarès de la durabilité 2026 a démarré avec une conférence d'Olivier Hamant, chercheur à l'INRAE et à l'ENS de Lyon, sur « le temps de la robustesse », invitant à substituer à la seule logique de performance et d'optimisation une lecture fondée sur la résilience des organisations.
Ainsi, ce fil de la robustesse a fait l’objet de la table ronde « L'intégration de la RSE à la stratégie et aux fonctions de l'entreprise », réunissant Carine de Boissezon, directrice Impact Groupe d'EDF et administratrice de l'ORSE, Sarah Bagnon, présidente de la commission Durabilité de la CNCC, Yannick Ollivier, vice-président du CNOEC et président du secteur « Modèle économique durable », et François Garreau, Head of Sustainability chez Generali.
Les quatre intervenants, malgré des points de vue différents en tant que assureur, grand groupe énergétique, expert-comptable et commissaire aux comptes, ont convergé sur un même constat : la donnée extra-financière est déjà largement mesurable, et l'enjeu se déplace désormais vers sa traduction en décisions de gestion, de gouvernance et d'investissement.
L'assurance, laboratoire de nouveaux modèles
Pour François Garreau, les assureurs regardent aujourd'hui la gouvernance des entreprises qu'ils couvrent presque autant que leurs bilans financiers : l'employabilité, la formation, le dialogue avec les fournisseurs et les partenaires sociaux, le niveau d'innovation. Selon lui, le degré de circularité du modèle économique est aussi devenu un indicateur précoce de fragilité ou de robustesse. Il a évoqué l'essor de formules d'« assurance conditionnelle », où la couverture dépend de la mise en œuvre de mesures de prévention par l'assuré, soit une approche que Generali développe notamment via sa filiale Geoya, dédiée à l'identification des risques pour les entreprises, et via un partenariat avec Orange sur la cybersécurité.
EDF, ou la durabilité comme gestion du temps long
Chez EDF, la question de la robustesse se pose à une tout autre échelle temporelle : certains actifs, comme les barrages hydroélectriques ou les centrales nucléaires, se pensent sur plusieurs décennies, voire un siècle. Carine de Boissezon a détaillé le plan d'adaptation au changement climatique publié par le groupe en février dernier, qui mobilise environ 24 milliards d'euros entre 2026 et 2040, dont 9 milliards pour la production et 15 milliards pour les réseaux de distribution. Elle a insisté sur l'approche systémique qu'impose la dépendance de l'électricité au cycle de l'eau, sur l'ancrage territorial de l'entreprise, et sur la nécessité de prendre le temps du dialogue avec les territoires pour arbitrer entre enjeux climatiques et de biodiversité, soit un temps que le système économique actuel a tendance à comprimer.
Convaincre les PME, le combat quotidien des experts-comptables
Pour Yannick Ollivier, la difficulté n'est pas de convaincre les grandes entreprises, déjà largement outillées et gouvernées, mais d'embarquer les structures de dix à soixante salariés qui n'ont ni les moyens ni le temps de recourir à des consultants spécialisés. Sa méthode : ne pas aborder la durabilité par la peur, mais montrer qu'elle n'est pas un coût mais un vecteur de valeur et de compétitivité, notamment via des exemples concrets d'entreprises qui ont changé de modèle avec succès. Il a également pointé le rôle croissant de la conditionnalité assurantielle, la cybersécurité restant l'argument le plus abouti servant de déclencheur auprès des dirigeants les plus réticents.
Ce que disent vraiment les rapports CSRD, deuxième du nom
De son côté Sarah Bagnon a souligné que, loin du scénario redouté d'un simple copier-coller d'une année sur l'autre, la deuxième génération d'états de durabilité publiés au titre de la CSRD marque une nette maturation. Les rapports du CAC 40 et du Next 20 sont en moyenne 10 % plus courts que l'an dernier (environ 130 pages), tandis que le nombre d'impacts, risques et opportunités identifiés a diminué de 25 %, non par appauvrissement, mais par un double mouvement de consolidation et de « désagrégation » plus fine par activité et par géographie.
Selon elle, neuf entreprises sur dix disposent désormais d'un plan de transition climatique, et surtout, 70 % d'entre elles en détaillent le coût et les investissements associés, contre 40 % l'an dernier. La part des critères ESG dans la rémunération variable des dirigeants est passée de 19 % à 27 % en un an, et les compétences en durabilité figurent désormais parmi les profils les plus recherchés lors du renouvellement des conseils d'administration, juste derrière les compétences technologiques.
Autre signal : les questions posées par les actionnaires en assemblée générale portent de moins en moins sur la conformité et de plus en plus sur la crédibilité et le financement des plans d'action.
Sarah Bagnon a néanmoins identifié plusieurs angles morts persistants : l'adaptation au changement climatique, jugée critique par 90 % des grandes entreprises mais formalisée par un tiers d'entre elles seulement ainsi que la visibilité sur la chaîne d'approvisionnement au-delà du premier rang de fournisseurs, où se concentrent pourtant les impacts les plus significatifs. Elle a aussi souligné la nécessité d'un mouvement d'ensemble de l'écosystème, donneurs d'ordre, banques, investisseurs, pour que les efforts des entreprises isolées se transforment en dynamique collective, car la taxonomie verte européenne, malgré plus de 1 000 milliards d'euros d'investissements désormais alignés, restant un outil encore largement perfectible.
« Il faut que ça aille plus vite »
En conclusion, les quatre intervenants ont convergé vers un même appel à l'accélération. Pour François Garreau, rien n'est possible sans une gouvernance convaincue en interne, sous peine de verser dans le greenwashing de façade.
Carine de Boissezon a, quant-à-elle, plaidé pour remettre l'humain et le collectif au cœur des transformations, citant la création chez EDF d'une direction de l'intelligence collective après la crise de confiance liée au débat sur la fermeture du nucléaire.
Yannick Ollivier, enfin, a appelé les pouvoirs publics, les banques et les investisseurs à agir plus rapidement, jugeant la mobilisation collective actuelle encore trop timide face à l'urgence climatique.
Un appel qui prend un relief particulier alors que le cadre réglementaire européen, censé structurer cette mobilisation, vient précisément d'être desserré avec la directive dite « Omnibus I » entrée en vigueur le 18 mars 2026. Entre un droit européen qui recule et des acteurs de terrain qui, selon les chiffres mêmes de la profession comptable, continuent d'avancer, le Palmarès de la durabilité 2026 aura surtout confirmé que le terrain avance plus vite que Bruxelles.
Samorya Wilson
Les lauréats 2026 des Palmarès de la Durabilité
|
|
Challenges Durabilité-RSE de la CNCC (5ᵉ édition) |
Trophées de la Durabilité du CNOEC (26ᵉ édition) |
|---|---|
|
|

