La septième promotion du programme French Tech Next40/120, dévoilée ce lundi 15 juin, réunit 120 scale-up françaises affichant 11,3 milliards d'euros de revenus cumulés et 33 emplois en France. Cette édition confirme que les acteurs de l’intelligence artificielle, la cybersécurité et la facturation électronique sont désormais les piliers d’une économie innovante, compétitive et résiliente.
Lancé en 2019 pour identifier et accompagner les scale-up françaises les plus prometteuses, le programme French Tech Next40/120 change de braquet avec ce millésime 2026. Longtemps centré sur la seule performance financière, le dispositif intègre désormais deux nouveaux piliers à part entière : l'excellence technologique et la contribution aux grands défis économiques et sociétaux.
Résultat : près d'un tiers des 120 lauréats sont issus de la deeptech, et 37 d'entre eux ont bénéficié du plan France 2030. Un virage assumé, qui traduit la volonté de l'État de soutenir non seulement des champions commerciaux, mais aussi des pionniers de la souveraineté industrielle et numérique.
Pour la première fois, la sélection du Next40, les quarante fleurons de la promotion, a été confiée à un comité indépendant réunissant Bpifrance, Euronext, Capgemini, France Digitale, France Deeptech et la Direction générale des entreprises. Sa mission : identifier les scale-up dont la trajectoire conjugue performance économique, leadership international, excellence technologique et création d'emplois en France.
Intelligence artificielle : la France s'affirme comme le moteur européen
Avec 1 114 start-up recensées et plus de 16 milliards d'euros levés depuis leur création, la France s'est imposée comme le premier écosystème européen de l'intelligence artificielle. La promotion 2026 en est l'illustration la plus frappante.
Mistral AI en est l'étendard. Devenue la première décacorne française après une levée de 1,7 milliard d'euros en septembre 2025, la pépite parisienne déploie ses modèles d'IA générative aussi bien chez BNP Paribas, SAP ou Société Générale qu'au ministère des Armées. En rachetant l'autrichien Emmi AI, elle renforce par ailleurs son offre d'IA industrielle et confirme une stratégie d'expansion internationale par croissance externe.
Deux autres membres du Next40 dessinent les prochaines ruptures du secteur. H Company, déjà référence mondiale des agents IA autonomes, et AMI Labs, cofondée par le prix Turing Yann LeCun, ont réuni la somme impressionnante de 890 millions d'euros dès son lancement en mars 2026 pour développer une IA capable de comprendre le monde physique , un défi qui pourrait changer les règles du jeu dans la robotique et l'automatisation industrielle.
La chaîne de valeur de l'IA s'étend également au matériel. La deeptech grenobloise Scintil Photonics a développé des puces laser permettant aux supercalculateurs d'échanger leurs données à la vitesse de la lumière, positionnant la France sur ce maillon critique de l'infrastructure IA.
En aval, ChapsVision propose des agents IA et des plateformes d'analyse dédiées aux entreprises et aux administrations de l'État, avec une promesse de souveraineté des données.
Facturation électronique : cinq acteurs français en ordre de marche
À quelques mois de l'entrée en vigueur de la réforme française de la facturation électronique, prévue au 1er septembre 2026, la promotion 2026 réunit cinq lauréats officiellement reconnus par l'État pour accompagner les entreprises dans cette transition : Agicap, MyUnisoft, Pennylane, Qonto et Spendesk.
Cette concentration n'est pas anodine. Elle signale que les leaders de la fintech et des outils de gestion financière français ont su anticiper et structurer leur offre autour de l'une des plus grandes transformations administratives imposées aux entreprises françaises.
Qonto, devenu le leader européen de la gestion financière des TPE-PME avec plus de 600 000 clients dans 8 pays, et Spendesk, spécialiste de la gestion des dépenses professionnelles, incarnent la maturité d'un secteur qui a su dépasser le stade de la start-up pour s'imposer comme partenaire de référence des PME.
Au-delà de la facturation, la promotion illustre plus largement la montée en puissance de la fintech française. PayFit, qui permet à plus de 18 000 TPE et PME de gérer leur paie sans erreur ni retard, et LegalPlace, qui accompagne désormais 1 création d'entreprise sur 8 en France, complètent un tableau de solutions qui simplifient concrètement la vie des entrepreneurs.
Cybersécurité : deux gardiens français pour les systèmes les plus critiques
Face à la sophistication croissante des cybermenaces, la promotion 2026 distingue deux acteurs français qui protègent les systèmes les plus sensibles. Sekoia, basée en Bretagne, combine intelligence artificielle et renseignement cyber pour offrir aux équipes de sécurité une véritable tour de contrôle de leur système d'information. En 2024, sa plateforme a détecté 4 millions de menaces réelles, dont un quart ont été traités de manière automatique, un niveau d'efficacité qui illustre la valeur ajoutée de l'IA dans la détection des attaques.
GitGuardian, de son côté, protège plus de 600 000 développeurs dans le monde, d'Orange à Snowflake en passant par ING, contre un risque souvent négligé : les fuites de « secrets » (mots de passe, clés d'accès) dissimulés dans le code source des applications.
Dans un contexte où la cybersécurité est devenue un enjeu de souveraineté nationale et européenne, la présence de ces deux acteurs tricolores dans le Next40/120 témoigne de la montée en puissance de la filière française.
Calcul quantique : trois fleurons pour une ambition d'un milliard
La France a fait du quantique une priorité stratégique, et les chiffres parlent d'eux-mêmes : un milliard d'euros supplémentaire a été engagé en mai 2026, portant l'enveloppe publique totale à 1,7 milliard et l'engagement global public-privé à plus de 3 milliards à l'horizon 2030. La promotion 2026 aligne trois acteurs de cette filière dans le Next40.
Alice & Bob, qui compte plus de 250 collaborateurs dont 79 docteurs, construit à Aubervilliers un laboratoire-usine de 4 000 m² et peut se targuer d'un actionnaire de prestige : Nvidia vient d'entrer à son capital.
Pasqal déploie ses ordinateurs quantiques à atomes neutres à travers le monde, dont un exemplaire intégré au Très Grand Centre de Calcul du CEA.
Quobly, qui fait son entrée dans la sélection cette année, développe depuis Grenoble des processeurs quantiques fabriqués avec les mêmes matériaux et techniques que les puces de nos smartphones, une approche qui ouvre la voie à une industrialisation rapide, en s'appuyant sur les capacités manufacturières existantes.
Des champions ancrés dans les territoires et ouverts sur le monde
Loin du seul prisme parisien, la promotion 2026 déploie 33 sites industriels dans 10 régions françaises : gigafactory de batteries à Dunkerque (Verkor), processeurs quantiques à Aubervilliers (Alice & Bob), biomatériaux à Roncq (Tissium), micro-réacteurs au Creusot (Jimmy), lanceurs spatiaux à Reims (Latitude)... La French Tech industrielle irrigue les territoires et y crée des emplois qualifiés.
À l'international, les 120 lauréats réalisent en moyenne 38 % de leurs revenus hors de France, avec une présence dans 89 pays.
Back Market a construit le premier marché mondial du high-tech reconditionné. Quant à BlaBlaCar, il domine le covoiturage mondial.
Ledger sécurise près de 100 milliards de dollars d'actifs numériques pour des clients aux quatre coins du globe. Et plusieurs champions accélèrent leur expansion par des acquisitions ciblées : Doctolib au Royaume-Uni, Mistral AI en Autriche, Akur8 aux États-Unis.
Avec 11,3 milliards d'euros de revenus cumulés en croissance moyenne de 31 % sur un an, et 46 % des lauréats non-deeptech désormais rentables, la promotion 2026 du French Tech Next40/120 dessine une France technologique qui ne se contente plus de créer des usages : elle construit les fondations d'une puissance souveraine.
Samorya Wilson
Retrouvez la liste complète des lauréats de l’édition 2026 de la French Tech Next40/120 ici
