« Nous sommes à la fois vigies et partenaires stratégiques des entreprises martiniquaises »

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  • - Rencontre avec Valérie-Anne Lauhon, Présidente de l'Ordre des experts-comptables de Martinique - 
  • Face à une inflation persistante et des handicaps structurels liés à l'insularité, l'économie martiniquaise fait preuve d'une résilience qui force l'admiration. Au cœur de cet écosystème, Valérie-Anne Lauhon, Présidente de l'Ordre des experts-comptables de Martinique, porte un regard lucide sur les fragilités de son territoire tout en traçant les contours d'une profession en pleine mutation. Entre lutte contre l'exercice illégal, le déploiement de l'IA et la coopération interrégionale, elle nous livre sa vision stratégique pour l'avenir des entreprises antillaises.

L’Expert : La Martinique traverse une crise profonde liée au coût de la vie. Comment ce contexte impacte-t-il les entreprises que vous accompagnez ?

Valérie-Anne Lauhon : En Martinique, entreprendre coûte structurellement plus cher. L’insularité implique une forte dépendance aux importations (matières premières, marchandises, énergie) ce qui renchérit immédiatement les coûts. La vie chère est donc aussi un enjeu de compétitivité. Des charges plus élevées compressent les marges, limitent l’investissement et exposent davantage les trésoreries. Dans ce contexte, chaque décision de gestion devient stratégique et suppose une anticipation permanente des équilibres financiers. Ici, la résilience économique n’est pas une option : c’est une exigence permanente.

Face à cette fragilité, quel est votre rôle auprès des chefs d'entreprise ?

V-A. L. : Nous sommes à la fois vigies et partenaires stratégiques. Dès que des tensions apparaissent (recul des marges, hausse des charges, déséquilibres de trésorerie) nous aidons le dirigeant à ajuster, décider et sécuriser avant que la situation ne se dégrade. Nous rendons également lisibles les dispositifs de soutien. Beaucoup d’entreprises en ignorent encore l’existence ou la complexité. Notre rôle est de transformer ces dispositifs en solutions concrètes. Enfin, nous jouons un rôle d’interface avec les banques, les administrations et les organismes sociaux pour fluidifier le dialogue et rechercher des réponses adaptées.

Vous menez un combat actif contre l'exercice illégal de la profession. Pourquoi ce phénomène est-il si prégnant aux Antilles ?

V-A. L. : L’exercice illégal est un enjeu national, mais nos territoires y sont plus exposés en raison d’un tissu économique composé majoritairement de très petites entreprises. Certaines pensent encore que l’expert-comptable est réservé aux grandes structures ou représente un coût inaccessible. Ce malentendu crée un espace dans lequel s’engouffrent des intervenants non habilités. Au-delà de la tenue comptable, nous apportons une sécurité juridique et fiscale, une responsabilité encadrée et un contrôle permanent. Faire appel à un professionnel inscrit, c’est protéger son entreprise et son avenir. Ce combat vise à sécuriser l’économie.

Quels sont les risques réels pour un entrepreneur qui fait appel à un "faux" comptable ?

V-A. L. : Le risque est d’abord économique et juridique. Un intervenant non habilité peut mal apprécier les obligations fiscales ou sociales, omettre des droits ou commettre des erreurs aux conséquences lourdes. Plus grave encore, l’absence de cadre réglementé fragilise la fiabilité des comptes et les exigences de conformité, notamment en matière de lutte contre le blanchiment et de transparence financière. Les experts-comptables sont soumis à des obligations strictes et à un contrôle permanent. Confier son bilan à un non-professionnel revient à exposer son entreprise à une insécurité évitable. C’est pourquoi nous renforçons la prévention et appelons à des sanctions réellement dissuasives [...].

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Propos recueillis par Samorya Wilson