ETI françaises : le grand frisson géopolitique gèle la confiance

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La 154ème édition du Baromètre Grant Thornton - OpinionWay - Challenges publié le 19 mars dernier, révèle une rupture nette dans le moral des patrons d'Entreprises de Taille Intermédiaire (ETI). Alors que l'année 2026 s'annonçait sous le signe de la stabilisation, le regain de tensions au Moyen-Orient et le blocage du détroit d'Ormuz fin février ont agi comme un véritable coup de froid.

Alors que le printemps 2026 s'installe, les dirigeants des Entreprises de Taille Intermédiaire (ETI) basculent dans une prudence marquée. Si le moral tient encore au sein des structures, le pessimisme gagne du terrain face à une économie mondiale perçue comme de plus en plus volatile. État des lieux d'une France entrepreneuriale sur la défensive.

Un moral en repli, percuté par la géopolitique

En mars, la confiance des dirigeants dans leur propre entreprise s'établit à 71 %, affichant une baisse de 5 points par rapport au mois précédent. Cette moyenne cache toutefois une réalité plus sombre : pour les dirigeants interrogés après le déclenchement des événements en Iran fin février, cet indicateur chute à 66 %. Ce niveau de défiance n’avait plus été observé depuis mars 2022, au moment de l’invasion de l’Ukraine.

Cependant, tous les secteurs ne sont pas logés à la même enseigne. Les services font preuve d'une résilience notable avec 82 % de confiance, tandis que l’industrie (67 %) et le commerce (69 %) sont plus durement touchés par la volatilité des coûts de l’énergie et les menaces sur les chaînes d’approvisionnement.

Un pessimisme structurel sur l’économie française

L'inquiétude est encore plus vive dès que l'on sort du périmètre de l'entreprise. La confiance envers l’économie française stagne à un niveau alarmant de 24 %. Outre la conjoncture, les dirigeants pointent du doigt un climat politique pesant, notamment lors des élections municipales et générant un manque de visibilité chronique sur les futures orientations économiques du pays.

L'économie mondiale, qui semblait amorcer une reprise, voit sa confiance s'effondrer : elle passe de 39 % avant le 28 février à seulement 23 % en mars 2026.

Le baromètre note une explosion de l'inquiétude profonde : la part des dirigeants se déclarant « très inquiets » pour l'économie nationale a quadruplé, passant de 5 % à 24 % en quelques semaines.

Le digital, bouclier anticrise

Dans ce contexte de « citadelle assiégée », les stratégies d'investissement se resserrent. Toutefois, le digital et la transformation numérique (IA, cybersécurité) restent l'unique priorité absolue pour 47 % des patrons d'ETI.

À l’inverse, on observe un désengagement ou une mise en pause sur d'autres fronts stratégiques. Seuls 21 % des ETI prévoient d'augmenter leurs budgets dans la R&D (-5 points), avec une hausse marquée des entreprises se disant désormais « non concernées » par ce levier.

De la même façon, les intentions de développement à l’international reculent à 25 % (-5 points), freinées par les tensions commerciales mondiales.

Enfin la transition écologique (RSE) connaît également une légère inflexion à 32 % (-3 points).

L’emploi et la croissance externe en mode « pause »

Sur le front social, le dynamisme s'essouffle. Si 75 % des dirigeants prévoient de maintenir leurs effectifs, seules 16 % des ETI envisagent de recruter, contre 9 % qui prévoient de réduire la voilure. Le solde d'emploi salarié, bien que positif (+7 points), témoigne d'une gestion de bon père de famille plutôt que d'une phase de conquête.

Enfin, la croissance externe reste une option pour 26 % des entreprises, mais seulement 10 % d'entre elles jugent « très probable » le recours à une acquisition ou une fusion prochainement.

Les ETI françaises semblent ainsi avoir choisi leur camp : celui de la consolidation de leurs acquis technologiques en attendant des jours meilleurs sur la scène internationale.

Samorya Wilson