Le 9 mars 2026, la Compagnie Nationale des Commissaires aux Comptes (CNCC) a organisé à Station F la 5ème édition de la Journée Confiance Numérique, un rendez-vous dédié aux enjeux technologiques et numériques de la profession. Placée sous le thème « L’IA dans votre quotidien d’audit : une opportunité pour tous », cette édition a réuni près de 250 commissaires aux comptes pour analyser l’impact de l’IA sur les pratiques d’audit et les conditions de son déploiement dans les cabinets.
Ouverte par Philippe Vincent, Président de la CNCC, la journée a mis en lumière la stratégie engagée par la CNCC pour accompagner la transformation numérique de la profession tout en garantissant la fiabilité, la traçabilité et la sécurité des travaux d’audit. Dans cette perspective, la CNCC développe plusieurs initiatives structurantes pour les cabinets :
• La publication de fiches pratiques dédiées aux usages de l’intelligence artificielle
• La mise en place d’une charte encadrant l’utilisation de l’IA au sein des cabinets
• L’évolution de ses outils numériques, notamment SidoniAssist, base documentaire professionnelle enrichie par l’IA générative afin de faciliter l’accès à l’information
La profession mène également une réflexion transversale avec d’autres acteurs du droit et du chiffre afin d’analyser les impacts de l’IA sur l’ensemble des professions réglementées, notamment dans le cadre d’un travail collectif autour d’un livre blanc.
Lors de la session d’introduction consacrée à l’état des lieux de l’intelligence artificielle dans l’audit, Nathalie Malicet, Présidente de la Commission Innovation dans les outils d’audit, et Arnaud Ducap, Président de la Commission Transformation numérique et IA au service de la profession, ont dressé un panorama des usages émergents et de leur impact sur la profession.
Si certaines études estiment que 94% des tâches pourraient théoriquement être confiées à l’IA, la réalité opérationnelle reste plus nuancée, seulement un tiers des tâches seraient aujourd’hui réellement automatisables.
Pour la CNCC, l’IA doit donc être considérée avant tout comme un outil d’augmentation des capacités de l’auditeur. Comme l’a rappelé Arnaud Ducap : « Pour utiliser de l’IA, il faut de l’intelligence humaine. »
L’expérience internationale confirme cette approche. Les retours du Digital CPA aux États-Unis montrent que l’IA générative devient progressivement un « coéquipier » pour les cabinets, mais qu’elle reste avant tout un accélérateur de processus, et non un substitut au jugement professionnel.
Déployer l’IA dans les cabinets : un cadre réglementaire à maîtriser
Une table ronde réunissant Garance Mathias, avocate spécialisée en droit des technologies et des données personnelles, Sophie Largeaud-Proust, membre de la Commission Transformation numérique & IA de la CNCC, et Nathalie Malicet a permis d’éclairer les implications réglementaires du déploiement de l’IA dans les cabinets.
Les intervenantes ont notamment détaillé les premières étapes de mise en œuvre du AI Act européen, adopté en 2024, qui prévoit une régulation progressive des systèmes d’intelligence artificielle selon leur niveau de risque.
Parmi les recommandations formulées pour les cabinets : • Former les collaborateurs aux mécanismes et aux risques de l’IA • Encadrer les cas d’usage et définir une gouvernance claire • Préserver la confidentialité des données clients • Anonymiser les informations sensibles avant tout traitement via une IA publique.
Les intervenantes ont également rappelé l’importance de proposer des solutions internes sécurisées, afin d’éviter les contournements par les collaborateurs via des outils grand public.
Pour la CNCC, l’enjeu est désormais clair : passer de la phase d’exploration à une mise en œuvre opérationnelle, en identifiant les cas d’usage les plus pertinents et en accompagnant les cabinets dans leur adoption.
Une dynamique qui se poursuivra notamment lors des prochaines Assises de la CNCC, dont l’intelligence artificielle constituera également un axe majeur de réflexion.
HackAUDIT : l’innovation étudiante au service de l’audit de demain
Moment fort de la journée, la finale du HackAUDIT, concours national d’innovation organisé pour la sixième année consécutive par la CNCC, a mis à l’honneur la créativité des étudiants autour du thème : « Les agents IA au service de la transformation de la profession de commissaire aux comptes »
L’édition 2025-2026 a connu une participation record : 22 campus participants 250 étudiants engagés 71 projets déposés 15 projets sélectionnés pour la phase finale 5 projets finalistes présentés devant le jury.
Les finalistes ont présenté des solutions illustrant les transformations possibles de l’audit grâce à l’IA :
• SOF’IA : une solution d’IA dédiée à la pré-analyse documentaire des pièces d’audit, capable de classer et rattacher les documents sans jamais se substituer au jugement de l’auditeur.
• LANEP : une application mobile conçue comme un assistant documentaire et pédagogique pour les commissaires aux comptes, facilitant l’accès à l’information et l’actualisation des connaissances grâce à une IA spécialisée.
• Commissaire IA – L’audit augmenté : un agent IA capable d’automatiser l’analyse documentaire dans les missions RSE, notamment pour identifier et extraire les indicateurs liés à l’empreinte carbone.
• IAnonymous : un logiciel d’anonymisation locale des données permettant aux professionnels d’utiliser des IA publiques tout en garantissant la confidentialité des informations clients.
• AI Control : un assistant conversationnel interne qui structure la phase de prise de connaissance d’une mission d’audit, guidant l’auditeur dans un arbre de questions et générant une synthèse traçable.
Le jury a finalement récompensé l’équipe d’AI Control, représentée par Khady BA, étudiante en deuxième année à Epitech (Manager Data Sciences & Business Intelligence). AI Control est un assistant conversationnel interne sécurisé, déployé en environnement privé, destiné à assister l’auditeur dans la compréhension et l’actualisation du contrôle interne d’une entité. L’outil guide méthodiquement le questionnement par cycle, détecte automatiquement certaines incohérences, produit une synthèse traçable, tout en laissant la validation finale à l’auditeur. L’architecture technique repose sur un chatbot interne avec interface sécurisée HTTPS/TLS, base de données chiffrée et conformité RGPD. Aucune donnée n’est exportée sans validation humaine.