Entre turbulences et résilience : les clés pour rebondir avant l’orage

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- TRIBUNE - Par Julien Sortais, Managing Director, Head of Special Situations au sein du cabinet de conseil Interpath France : Dans un contexte économique mondial marqué par des défis tels que l’inflation persistante, les tensions sur les chaînes d’approvisionnement et la volatilité des taux d’intérêt, de nombreuses entreprises se trouvent aujourd’hui dans une situation précaire. Les défaillances d'entreprises ont connu une augmentation significative ces derniers mois, révélant une fragilité structurelle. Toutefois, des dispositifs existent pour éviter des situations critiques, notamment une gestion optimisée du cash et du besoin en fonds de roulement (BFR) ou le recours aux procédures amiables.

L’environnement économique actuel est complexe et instable. La volatilité des taux d’intérêt, par exemple, a un impact direct sur les charges financières des entreprises, rendant le remboursement de la dette plus difficile. Ce contexte multicrise, exacerbé par des événements récents comme les élections américaines et l’instabilité gouvernementale en France, complique davantage la situation. La baisse des taux de la BCE au 31 janvier (-0.25 à 2,9%) face à la stabilité de ceux de la FED (4,5%) en est une illustration. Les pressions sur les marges sont également palpables, avec un nouveau risque de hausse des coûts énergétiques et d’augmentation des prix des matières premières. 

En 2024, la hausse des défaillances a été spectaculaire, certes, mais au-delà d’un effet de rattrapage, c’est surtout par la taille croissante des entreprises touchées, mettant en péril de nombreux emplois et l’équilibre de certaines industries (chimie, technologie…). Par ailleurs, la baisse de la demande intérieure dans des secteurs clés, comme l’automobile ou le bâtiment, souligne l’urgence d’une prise de décision rapide dès les premiers signaux d’alerte.

L’optimisation de la trésorerie et du BFR, des moteurs de la survie à court terme

Il est essentiel d’instaurer une culture de gestion des flux de trésorerie. Le credit management doit être une priorité, et la collaboration entre la direction financière et des experts en restructuring financier doit débuter dès les premiers symptômes de tension. Une gestion rigoureuse et proactive des ressources financières peut faire la différence entre la survie et la faillite.

Par ailleurs, la gestion du besoin en fonds de roulement doit être au cœur des préoccupations sans rester dans le champ de l’incantatoire. La peur d’affronter les clients ou les fournisseurs pour maintenir le crédit de l’entreprise ne doit pas paralyser les entreprises. La gestion des flux de production et des stocks ne doit pas rester seulement l’apanage certains mais bien être le cœur des décisions.

Le recours aux procédures amiables : anticiper pour éviter la cessation des paiements

Face à ces turbulences, les procédures amiables offrent des solutions pragmatiques pour anticiper une cessation des paiements. La conciliation, par exemple, permet aux entreprises de négocier et de restructurer leur dette, offrant une bouffée d’oxygène sans passer par la case judiciaire. Le mandat ad hoc est un autre outil précieux. Il implique différentes parties prenantes, notamment des experts en restructuration, qui travaillent ensemble pour résoudre les tensions financières. De plus, la sauvegarde financière représente une réelle évolution des procédures, permettant d'initier un processus de redressement plus complet avant que la situation ne devienne critique. Ces procédures ne sont plus réservées aux seuls dossiers de place (Emeis (ex.Orpea), Casino,…) et sont adaptées aux ETI, à condition de savoir les utiliser avec mesure pour ne pas compromettre le financement opérationnel.

Stratégies managériales et communication

Les stratégies managériales jouent un rôle clé dans le redressement des entreprises. Mobiliser les équipes autour d’un plan de redressement permet de maintenir la confiance et l’engagement des salariés. La transparence avec les parties prenantes est également cruciale pour garantir le succès de ces initiatives.

Le rôle du dirigeant est central dans ce processus. Il doit non seulement négocier avec les créanciers, mais aussi présenter des perspectives de redressement claires et réalistes. Une communication efficace contribue à créer un climat de confiance, essentiel pour traverser les tempêtes économiques.

Agir au plus tôt pour éviter de subir

La défaillance ne doit jamais être perçue comme une fatalité. Grâce aux outils disponibles, il est possible de rétablir la confiance avec les parties prenantes et d’alléger le poids de la dette. Une gestion rigoureuse permet de sécuriser l'activité quotidienne et de préparer le terrain pour une reprise future. Les entreprises doivent être attentives aux dispositifs d’aide existants et s’entourer de conseils spécialisés, rompus à ces mécaniques complexes, pour identifier les risques. La réactivité et l’anticipation sont plus que jamais essentielles pour convertir une situation critique en opportunité de transformation profonde et profitable des modèles économiques de l’entreprise.

En regardant vers l’avenir, les prévisions pour 2025 pourraient offrir de nouvelles perspectives de croissance, mais cela nécessitera une vigilance continue et une capacité d’adaptation sans précédent. La résilience n’est donc plus la seule réponse, elle doit s’accompagner d’une volonté de se réinventer.

Julien Sortais